Comment mesurer la solvabilité

Attachons-nous aux capitaux stables, le passif à long terme du bilan

Les capitaux stables sont constitués des emprunts à long et moyen terme, d'une part, et des fonds propres, d'autre part.

Deux manières de comprendre ce que sont les fonds propres

1. En imaginant que l'entreprise soit liquidée du jour au lendemain

Si l'entreprise cesse toute activité, que se passe-t-il ?

  • elle revend tout ce qu'elle possède (*)
  • elle rembourse toutes ses dettes (fournisseurs et établissements bancaires)
  • les propriétaires récupèrent ce qui reste.

"Ce qui reste", ce sont les fonds propres.

Mathématiquement, on calcule les fonds propres par différence entre le total de l'actif et le total des dettes dues aux tiers.

(*) Dans ce raisonnement, on part du principe que la valeur comptable des actifs et leur prix de revente sont équivalents — ce qui est rarement le cas en réalité.

2. En comprenant la façon dont ils évoluent d'année en année

  • Au démarrage d'une activité, les fonds propres sont constitués de l'apport en capital des associés (leur mise de départ).
  • À la fin de l'année, le bénéfice constaté vient s'ajouter aux fonds propres précédents.
  • Le bénéfice constitue un "droit aux dividendes", qui peuvent être versés aux propriétaires ou laissés en réserve. Les dividendes versés (ou les prélèvements privés, selon le régime juridique) viennent en diminution des fonds propres
  • Et ainsi de suite, tous les ans.

Les fonds propres sont constitués des capitaux injectés par les propriétaires de l'entreprise, auxquels on ajoute les bénéfices cumulés de l'entreprise, et desquels on retranche les dividendes (ou la part versée tous les ans aux associés).

Plus les fonds propres sont faibles, plus l'entreprise est risquée

A qui prêteriez-vous le plus volontiers? A quelqu'un qui croule sous les dettes ou quelqu'un qui n'en a aucune? La réponse va de soi: quelqu'un de déjà endetté a des échéances à respecter, ce qui le rend plus vulnérable au moindre souci de trésorerie.

Tel est le fondement même de la notion de solvabilité à long terme: on va comparer le niveau des dettes à long et moyen terme au niveau des autres sources stables de financement.

Quel est la proportion dettes à long et moyen terme / fonds propres idéale ?

Cette question occupe des rayonnages entiers des bibliothèques, au rayon "théorie financière". Il n'y a pas de réponse formelle.

Précisons d'abord que l'endettement n'est pas une mauvaise chose en soi: c'est même un formidable outil de gestion financière. Exemple :

Vous avez le choix entre les deux alternatives suivantes :

  • investir de votre poche 2€ dans une entreprise qui va réaliser un bénéfice de 0.50€
  • mettre 1€ de votre poche dans cette même entreprise, et emprunter 1€ auprès d'une banque moyennant le paiement de 0.10€ d'intérêt

Quelle serait le rendement de chaque opération ?

  • Dans le premier cas, 0.50 / 2 = 25%
  • Dans le deuxième cas, (0.50 - 0.10) / 1 = 40% !!! Et ça vous laisse un Euro de disponible que vous pouvez placer ailleurs.

Tout est question de dosage, entre l'effet de levier que nous venons de décrire, et le risque induit par un trop fort endettement.

Il n'y a pas spécialement de règle. Mais on peut considérer qu'une proportion fonds propres / dettes LMT de 1 pour 1 n'inquiétera personne.

Cas extrême : fonds propres négatifs

Des fonds propres négatifs proviennent:

  • soit d'une accumulation successive de pertes, qui sont venues entamer la totalité du capital investi au départ par les associés
  • soit, dans le cas d'une société à l'impôt sur le revenu, de prélèvements privés trop importants par rapport aux résultats dégagés par l'entreprise.

Dans tous les cas, cela signifie qu'en cas d'arrêt immédiat de l'activité, il n'y a en théorie pas assez de ressources pour que tous les créanciers récupèrent leur mise.

Les banquiers fuient comme la peste les entreprises sans fonds propres. Pour ces dernières, rechercher de nouveaux financements est mission quasi-impossible.

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